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À la campagne, la peur de la guerre

Éloignée des grands centres, la Pologne rurale est tout autant avertie des dernières informations. À Rajec Poduchowny, village de moins de 1000 habitants situé à une centaine de kilomètres au sud de Varsovie, on craint la proximité du conflit ukrainien. Reportage.

Les routes de bitume ont laissé place à des chemins en terre battue. Au sein de quartiers résidentiels, plantés au milieu des arbres encore marqués par l’hiver, se côtoient de modestes habitations et des maisons modernes. C’est dans l’une de ces dernières que nous avons rendez-vous ce samedi 19 mars.

« Poutine est un fou »

Grands sourires, rires chaleureux, un peu de curiosité : l’accueil polonais. Pourtant, dès que le sujet ukrainien arrive sur la table, les visages se ferment et le ton devient plus sérieux, voire grave. « Poutine est un fou, il est malade ! », martèle Ewa, 42 ans, la mère de cette famille de quatre enfants. Un avis clair et partagé par sa fille Wiktoria. « [Le président russe] n’est qu’un lâche qui se cache, alors que Zelensky, lui, est un héros qui se bat », défend-elle. La jeune femme de 19 ans, étudiante en école hôtelière, suit les évènements à travers les réseaux sociaux, où elle y voit « beaucoup de personnes rester en Ukraine et relater ce qu’il s’y passe. On a peur mais on essaye de penser positivement, même si cela nous rend très triste de voir tous ces réfugiés, ces mères et ces enfants désemparés », poursuit-elle, légèrement déstabilisée.

« Les Polonais cherchent des passeports pour quitter le pays s’il le faut. Nous aussi… »

« Tak » (oui, en polonais). La réponse fuse rapidement lorsque nous leur demandons s’ils ont peur que la guerre atteigne la Pologne. Alors que des millions de personnes ont déjà fui l’Ukraine, ici aussi on prend note des avancées du conflit et on se prépare. « Les Polonais cherchent à avoir des passeports pour quitter le pays si nous nous faisons attaquer. Nous aussi on en cherche… », explique Wiktoria. Certains membres de la famille ne sont d’ailleurs pas en Pologne actuellement. Le frère ainé, Dawid, âgé de 21 ans, étudie l’économie en Allemagne. Son père, Dariusz, est, quant à lui, en voyage d’affaires en Angleterre.

Une jeunesse encore insouciante des dangers

Comme fond sonore, la télévision du salon diffuse les informations en continu sur les dernières actualités en Ukraine. La voix du présentateur est couverte par les rires des benjamins, les jumeaux Marcin et Grzesio, 9 ans. Ils sont trop jeunes pour parler de la guerre qui se déroule à seulement 300 kilomètres avec leurs amis, même « les professeurs n’en parlent pas. » De plus, 300 kilomètres suffisent pour connaître des personnes dans le pays voisin. « J’ai travaillé l’été dernier avec un couple ukrainien. Ils sont retourné de leur plein gré en Ukraine quand la guerre a commencé et depuis je n’ai plus aucune nouvelle d’eux », se rappelle la cadette de la famille. Les destins se brisent par ces retours pour la guerre, pour leur pays, pour leur liberté.

Légende photo : la famille regardant les informations dans son salon. CP : Lionel Romani.

Lionel Romani

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